ENJEUX EN NAMIBIE


BWEMBA – BONG
Membre du Cercle SAMORY
Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine
pour la Renaissance du Peuple Noir

L'Afrique Australe bouge ; la Namibie dernière colonie directe en terre africaine, vient de déclencher son processus d'accession à l'indépendance. Ce nouveau statut va d'office entraîner des élections qui se dérouleront du 7 au 11 Novembre, pour la désignation de la formation politique qui aura pour mission de veiller à la destinée du pays. Allons nous, en Namibie vers une souveraineté réelle prenant à bras le corps les problèmes de la Paix, de développement et de Démocratie, ou alors allons nous vers une réédition du néo-colonialisme avec sa cohorte de maux, comme c'est le cas notamment aujourd'hui dans certains pays africains dits francophones.

LE NEO-COLONIALISME, INSTRUMENT DE BLOCAGE DU DEVELOPPEMENT


La philosophie centrale du néo-colonialisme est, par la violence ou la ruse, sinon par les deux à la fois, d'offrir le pouvoir à des présidents d'opérette, des aventuriers de couleur locale dont le propre est qu'ils militent contre l'indépendance de leur Pays.
Homme ayant souvent combattu et continuant de combattre la liberté de leur peuple aux côtés du colonisateur, ces dirigeants d'apparat, passés maîtres dans des opérations de mercantis, finissent par transformer leur territoire de pillage en proie d'autant plus facile que leurs opérations de saccage sont placées sous la protection de l'armada militaire de l'oppresseur étranger, maître d'ouvrage. Et voici la fixation d'un cartel de nouveaux citoyens des banques suisses, confisquant toutes les libertés démocratiques et accélérant le sous-développement. Comme l'écrivait déjà le Président KWAME NKRUMAH : "En premier lieu, les dirigeants des Etats néo-coloniaux tirent leur autorité non de la volonté des peuples, mais du soutien qu'ils obtiennent de leurs maîtres ..." 1(1).
En effet, ce que le citoyen occidental ne sait peut-être pas, c'est que le sous-développement actuel de l'Afrique Noire est dû en grande partie au manque de démocratie, phénomène découlant lui-même de la tradition coloniale qui consiste à écarter du pouvoir généralement par la violence armée tout homme ou parti qui se donne pour mission d'oeuvrer à la libération du territoire colonial, puis à son développement.
Deux territoires africains, le Cameroun et le Congo LUMUMBA, ont, dans les années 50 et 60, particulièrement connu cette violence militaire ; le premier de la part du colonialisme français, le second de la part du colonialisme belge.

PRETORIA, UN BON ELEVE


S'illustrant déjà comme un très bon élève de cette période de la chronique du sang noir que fut la décennie des années 50 et 60, le régime de Pretoria qui bénéficie en Occident de multiples complicités publiques et privées, sur des bases généralement racistes, a déjà mis en 1

"Le néo-colonialisme, dernier stade de l'impérialisme"; p.14.
application en Namibie cette stratégie terroriste. L'objectif, bien entendu, étant d'aboutir à l'installation du néo-colonialisme sur ce territoire africain
Cette logique se déploie notamment sur deux scènes de théâtre : politique et militaire : la ruse et la violence. Sur le plan politique, l'érection par l'Afrique du Sud dans les années 80, de la Démocratic Turnhalle Alliance (D.T.A.), illustre le projet du régime de l'apartheid de tenter d'installer le néo-colonialisme en Namibie. Sur le plan militaire, il y a d'abord, malgré sa dissolution en vertu de la Résolution 435/78 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la South West African Territory Force (S.A.W.A.T.F.), forte de vingt mille hommes opérant de façon énergique par l'intimidation, le terrorisme et les agressions :

- Moses AKWENDS, le dos et le visage lacérés parce qu'il portait un tee-shirt de la S.W.A.P.O. ;
- Albertina CORNELIUS, fillette de douze ans, une flèche plantée dans la tête ; son crime : elle chantait, avec d'autres enfants, des chansons de la S.W.A.P.O. ;
- Hendrick AMWELE, partisan de la S.W.A.P.O., kidnappé et blessé par balle à 2 l'épaule (1).

Ces quelques exemples illustrent la volonté de l'Afrique du Sud d'écarter du pouvoir l'Organisation du Peuple Sud Ouest Africain (S.W.A.P.O.), la seule formation politique qui bénéficie de la faveur du peuple namibien, surtout pour avoir été la seule à mener la lutte contre le colonialisme, depuis Octobre 1960.
Ensuite, opère la Koevet, trois mille paramilitaires de type nazi dont la brutalité n'est plus à conter en Namibie.

FAIRE ECHEC AUX PLANS DE PRETORIA


Le projet de Pretoria est donc d'installer en Namibie, des hommes totalement corrompus, un véritable instrument de dépeçage du pays, à travers une politique de saccage du patrimoine national namibien, processus devant conduire à la naissance et à la permanence d'un groupe de prébendiers sans foi ni loi, au milieu de peuples loqueteux vivant sous l'empire de la terreur.
Ainsi, le pays sous l'empire d'un pouvoir politique frappé de vacuité s'étiolerait à la joie des tenants de la thèse de l'incapacité des Noirs à diriger leur pays et à maîtriser les sciences modernes. S'installeraient également ainsi la manipulation permanente et les interventions militaires étrangères devant toute velléité de résistance ou de mise en cause patriotique du système néo-colonial.
Grâce à la S.W.A.P.O., la Namibie peut connaître un développement économique remarquable pour tous ses citoyens, sans distinction de sexe, de race ou d'idéologie politique. Le nouvel Etat peut ainsi également participer au processus de paix en Afrique Australe ; à la condition qu'il puisse alors s'assumer sans intrusions constantes sur son territoire de bandes armées généralement commanditées par l'Afrique du Sud, qui bloquent tout processus de décollage économique comme cela a été jusqu'ici le cas en Angola ou au Mozambique notamment.

2 Voir "Le Monde Diplomatique" n° d'Octobre 1989.
Il est par conséquent clair que la vigilance des peuples occidentaux en général et africains en particulier, est d'autant plus sollicitée qu'elle peut être abusée par les diverses opérations entreprises depuis peu par le gouvernement de Monsieur De Kleerk.
Certes, les démocrates ne peuvent que se réjouir de toute initiative allant dans le sens de la Paix en Afrique comme dans le monde. La libération récente de prisonniers politiques, l'autorisation de manifestations publiques par le régime de Pretoria peuvent donner à penser que plus rien de dangereux n'est à signaler au pays de l'Apartheid. Or, ce serait manifestement oublier que même les petits pas effectués aujourd'hui par le régime de Pretoria, notamment en concédant l'indépendance à la Namibie, résultent d'une part de la défaite militaire de l'Afrique du Sud à la bataille de CUITO CANAVALE en Angola en 1988 et d'autre part de la démarche de se mettre à l'abri de la menace de nouvelles sanctions économiques imposées par le Congrès américain.
Ainsi donc, tout en encourageant ce qui peut être positif en Afrique Australe, la démarche pour la Paix et la Démocratie dans cette partie de l'Afrique consisterait à ne pas donner un chèque en blanc à Pretoria pour raison de timides ouvertures, ici ou là. Car comme l'écrivait toujours le regretté Président KWAME NKRUMAH : "D'un autre côté, dans tout continent où le néo-colonialisme existe sur une vaste échelle, les passions spéciales capables d'engendrer des révoltes dans les Etats néo-colonialistes affecteront également les Etats qui ont refusé d'accepter ce système et les impérialistes possèdent ainsi une arme toute prête, avec laquelle ils peuvent menacer leurs opposants, s'ils semblent défier dangereusement leur pouvoir" 3(1).
Il ressort ainsi que, dans un monde de plus en plus lié du fait de la mobilité des hommes et de la convergence de leurs intérêts pour la construction d'une planète plus fraternelle, les peuples doivent de façon croissante, intervenir dans tout événement qui détermine l'Avenir de la Planète et de ses habitants. Choisir de se battre pour une indépendance réelle de la Namibie, est de la responsabilité des hommes épris de paix, dont le devoir est de faire échec aux diverses complicités immorales des politiciens fauteurs de guerres au nom de la raison d'Etat. Le régime Sud-Africain n'est certes que la forme du nazisme appliqué aux Noirs. Mais les peuples occidentaux devraient se convaincre qu'en Afrique Noire aussi, l'Histoire témoigne constamment dans l'évolution de l'Humanité.

BWEMBA - BONG

Secrétaire Général du Collectif Afrique Australe 3 Op. cit. p.13.