REFLEXION SUR UNE PHILOSOPHIE AFRICAINE DE LA LIBERATION : LE FRANÇAIS CHARLES JOSSELIN A TROP LU « TINTIN AU CONGO »

BWEMBA – BONG
Membre du Cercle SAMORY
Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine
pour la Renaissance du Peuple Noir
1 La mise en garde faite récemment avec une liberté toute coloniale aux autorités de la Côte d’Ivoire par Charles Josselin, ministre français de la Coopération, ne doit pas surprendre. Le personnage s’était déjà illustré sur le Congo Démocratique, en pontifiant que Laurent-Désiré Kabila n’avait pas qualité pour présider au destin de ce pays que Mobutu Sese Seko, créature de l’Occident, donc vassal de la France entre autres, a terrorisé et pillé pendant plus de trois décennies pour le compte de ses maîtres. Comme cela se fait encore actuellement au Cameroun et au Congo dit Brazzaville, entre autres.
Dès lors, il n’y a pas de quoi s’étonner des libertés que les Français prennent régulièrement sur l’Afrique Noire. Du temps où Monsieur Hervé de Charrette était aux affaires de la France, il présentait les agressions armées des troupes françaises stationnées en Centrafrique contre les populations Centrafricaines, comme de la légitime défense. Des troupes étrangères se déclarer en légitime défense en usant de leurs armes sur le territoire d’un Etat avec lequel elles ne sont pas censées être en guerre, contre les populations de celui-ci, la France en dira tant aux Africains .
Ou les autorités françaises ignorent tout du droit international, ou ils ne mettent pas les gants pour signifier aux Nègres, qu’après tout, l’Afrique Noire ne sera jamais rien d’autre qu’une arrière-cour de la France : les deux sans aucun doute.
En leur temps, Charles Pasqua alors Ministre de l'Intérieur organisait des avions charters de type négrier et jurait de recommencer à l'occasion, Jacques Chirac, alors Maire de Paris, s'insurgeait contre les odeurs trop fortes des Africains qui rendaient les Français fous 1, Charles Trenet, saltimbanque français, prenait sur lui la LIBERTE de déclarer à Antenne 22 que les Noirs n’ont pas de civilisation et les comparait à des enfants dont il faut s'occuper. Enfin, Valérie Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française dont les frasques avec l'empire Centrafricain de feu Jean-Bedel Bokassa défrayèrent naguère la chronique, voit en la présence des immigrés en France, des Africains notamment, une invasion en règle3. Ces actes et déclarations, bien qu’ouvertement racistes, n'ébranlèrent en rien ni le monde politique français dans son ensemble, ni les médias français qui décelèrent à peine ici un malheureux dérapage, là l’expression de la liberté d'opinion si chère aux démocraties occidentales.
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On imagine sans peine le tollé que cette déclaration, entre autres, aurait soulevé, si elle avait concerné toute autre communauté que la communauté noire. Surtout, il est plus qu'évident que Jacques Chirac ne serait plus aujourd'hui un homme politique, si ses propos avaient concerné la communauté juive. Feu Jacques Medecin, l'a appris à ses dépens en son temps. Pour avoir seulement déclaré qu'un Juif ne refusait jamais un cadeau, l'ancien Maire de Nice ne dut son salut qu'à la fuite en Amérique du Sud. Lui qui jumela jadis Nice à une ville de l'Afrique du Sud alors en plein régime d'Apartheid, sans rencontrer la moindre indignation ni en France ni nulle part ailleurs dans les grandes démocraties donneuses de leçons sur les Libertés et les Droits de l'Homme.
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Emission du 7 août 1991, rediffusée le 9 Août 1991.
3
Selon un sondage BVA commenté à 7/7 le 22 septembre 1991 par Valérie Giscard d’Estaing dont la déclaration n'est que la révélation des sentiments réels vis-à-vis de l'immigration, 54 % des Français ne se montrent pas choqués par cette assertion sur les immigrés en France.
2 La justice française n’est pas en reste. Elle condamne Maurice Papon, ancien préfet sous le régime de Vichy, accusé d’avoir envoyé des enfants Juifs en camps de concentration en Allemagne, mais n’inquiète pas outre mesure, le mercenaire français Bob Denard, surnommé le corsaire de la République, dont toute la vie est consacrée aux massacres de Nègres en Afrique.
Il est vrai que, pour la France, comme l’avait confié François Mitterrand : « un génocide en Afrique Noire n’est pas trop important »4.
François-Xavier Verschave, nous instruit que : « Cette suffisance française s’enracine dans un mépris historique des Africains : quand vous discutez de ces questions avec des responsables français, vous vous apercevez que, depuis l’esclavage et la colonisation, on continue de penser que les peuples africains sont totalement incapables de créativité culturelle et politique. Avec eux l’on peut faire n’importe quoi, puisqu’ils ne seraient capables de rien »5
Aux temps forts de l’esclavage déjà, un Français basé au Sénégal, Joseph Elzear Morenas révélait : « Ceux (les captifs africains) qui ont eu le malheur d’être conduits dans les colonies françaises sont morts ou gémissent dans la douleur d’être séparés pour toujours de leur famille... On sait que les Espagnols chez qui l’esclavage est moins dur que dans nos colonies, accordent une partie de leur journée à leurs esclaves »6.
« Dans la vue de s’assurer jusqu'à quel point l’homme pouvait compter sur les chiens dévorateurs que les colons français avaient fait venir de Cuba, écrit-il, un sacrifice humain fut ordonné, et un noir, qui n’avait commis aucun crime, fut destiné à éprouver, au milieu de la place publique, la voracité de ces animaux. Les principaux blancs et toutes les illustrations coloniales, réunis dans des banquets préparés autour de l’amphithéâtre où était placée la victime, savourèrent à loisir les délices de ce spectacle, vraiment digne des Cannibales. Pour accomplir cette réjouissance infernale, ce malheureux noir fut livré à une meute de chiens affamés qui le dévorèrent, et en firent leur repas aux acclamations universelles des colons »7. Quant à l’Abbé Grégoire, il relève ce racisme français anti-Noir dont une des victime au 18ème siècle, était « LISLET-GEOFFROY, mulâtre et officier attaché au Génie. Le 23 Août 1786, il fut nommé correspondant de l’académie des sciences, il est désigné comme tel dans la connoissance des temps pour l’année 1791, publiée en 1789 par cette société savante, à laquelle LISLET envoyoit régulièrement des observations météorologiques, et quelquefois des journaux hydrologiques. La classe des Sciences Physiques et Mathématiques s’est fait un devoir de se rattacher comme correspondans et associés, ceux de l’académie des sciences. Par quelle fatalité LISLET est-il le seul excepté ? Seroit-ce à raison de sa couleur ?... »8. 4
Voir l’article de Patrick de Saint Exupery, Le Figaro, des 12-13-14 et 15 Janvier 1998.
5
François-Xavier Verschave, France Afrique. Le crime continue, Tahin Party, 2000, p. 35.
6
Joseph Elzear Morenas : Précis historique de la traite des Noirs et de l’esclavage colonial, Slatkine Reprints, Genève, 1978. pp. 20 à 22. 7
Joseph Elzear Morenas, Précis Historique de la Traite des Noirs et de l’Esclavage Colonial, Slatkine Reprints, Genève, 1978, pp. 62-63.
8
L’Abbé Grégoire : De la littérature des Nègres ou Recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités morales et leur littérature, Perrin, 1990, p.205.
3 Bien évidemment, la France a toujours préféré le Noir éboueur, balayeur de rues et, exceptionnellement sportif qui lui rapporte gloire et médailles. Ici, pas même de journalistes et encore moins de ministres.
N’est-ce pas seulement parce que des Noirs ont manifesté au sein d’équipes françaises des performances exceptionnelles en sport, en foot-ball notamment que la citoyenneté pleine et entière semble devoir désormais être reconnue aux citoyens de second ordre que ce sont les Noirs de nationalité Française ?
Dans la Rome antique, on ne se comportait pas autrement avec les esclaves. Ils pouvaient même parfois être libérés pour modèle de combativité dans l’arène. Cela s’appelle en France aujourd’hui, mériter la citoyenneté.
Que les Africains ne se fassent aucune illusion. La France a toujours méprisé les Noirs. Elle les considère comme des esclaves et les traîte en conséquence comme tel. Et cela n’est pas près de changer avec les dictatures qu’elle met en place et maintient en Afrique Noire par une violence byzantine.
Le syndrome de Fachoda9 dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles pour justifier les agressions de la France contre l’Afrique Noire relève donc de fadaises. N’est-ce pas en duo avec la Grande-Bretagne qu’elle fabriqué l’avion supersonique Concorde ? La France n’est- elle pas membre de la Communauté Européenne avec la Grande-Bretagne ? N’est-ce pas de concert avec les anglo-saxons, Etats-Unis d’Amérique, Grande-Bretagne que la France attaquait l’Irak arabe en 1990 ? Enfin, la France n’est-elle pas également membre de l’O.T.A.N. avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ?
Après mille ans de domination et d’humiliations par les uns et les autres, le temps est venu pour les Africains de relever la tête et de ne prendre que pour des boniments, la prétendue amitié que la France proclame pour l’Afrique Noire. Mais, et surtout, ils ne doivent plus accepter que les Français prennent n’importe quelle liberté chez nous, où ils continuent de se comporter en pays conquis.
Dans le même temps, l’Afrique Noire doit s’atteler dans les meilleurs délais, à construire son unité qui, seule, à partir des intégrations régionales, la mettra à l’abri des ingérences insultantes telles que celle de Charles Josselin. Mais cette unité commande que, sauf s’il est clairement établi qu’il est un agent de l’étranger, tout Africain se sente à l’aise au sein de notre Peuple. Ce faisant, aucun de nos compatriotes ne doit être victime de discrimination fondée sur l’ethnie ou la région de naissance (dite actuellement Etat). C’est à cette condition, entre autres, que nous extirperons de l’esclavage dans lequel la France, pour ne citer qu’elle, nous tient depuis des siècles.
Ne pas se pénétrer de cette évidence, ne serait pas seulement une erreur, mais une faute très grave.
Angers, le 31 Juillet 2000
9
Le France fut défaite à la bataille de Fachoda, au Soudan, par la Grande-Bretagne en 1898, au cours d’une de leurs rivalités colonialistes en Afrique Noire.